dimanche 29 novembre 2015

Personne ne me dira comment m'habiller

Homme portant plusieurs croix
en pendentif.
Dans le débat sur feu la Charte des valeurs québécoises, certains de ses opposants affirmaient que ce n'était pas à l'État de prescrire aux gens (surtout aux femmes, d'ailleurs) comment s'habiller, élevant le droit au vêtement de son choix au niveau de droit fondamental. Récemment, à la télévision, l'ancienne députée fédérale Maria Mourani affirmait qu'elle continuerait à porter une croix en pendentif, que cette croix faisait partie de son identité — bien qu'elle ne la porte pas ici! Et bien qu'il n'existe aucune règle obligeant les laïcs chrétiens à porter une croix. De toute manière, elle se donnait le droit de ne pas la porter, à sa guise.

Si on étend ainsi le droit de porter des symboles religieux au droit de s'habiller comme on l'entend, je crois que les vannes sont ouvertes. Après tout, si j'étais député, je devrais obligatoirement porter un veston et une cravate en chambre, même si j'haïs ça! Pourquoi devrais-je me plier à cette règle? Qui a donné au président de l'assemblée le droit de me dicter  ainsi mon accoutrement? Pourqoui ne puis-je pas dire, moi aussi: «Personne ne me dira comment m'habiller»?

Pourquoi les banques et les caisses populaires peuvent-elles, elles, dicter des normes concernant les vêtements de leurs employés, et de ce fait imposer la cravate aux hommes? (Remarquons que les règles vestimentaires sont souvent plus strictes pour les hommes.) Pourquoi une caissière d'un Saint-Hubert n'a-t-elle pas le droit de se teindre les cheveux en rouge ou de porter un anneau au nez? Pourquoi cette double mesure?

La photo est l'œuvre de shakko et est publiée sous la licence CC BY-SA 3.0.

vendredi 27 novembre 2015

Pourquoi un Black Friday au Canada?

C'est aujourd'hui le Black Friday, aussi appelé Vendredi fou (et c'est aussi, en conséquence, la Journée sans achat, mais ça, on en parle moins). J'imagine que vous avez reçu, comme moi, plein de pubs dans vos boîtes à lettres virtuelles.

Mais pourquoi aujourd'hui? Eh bien, c'était hier l'Action de grâce aux États-Unis, et l'Action de Grâce y est la dernière fête d'importance avant Noël. C'était donc la nuit dernière que les commerçants ont changé leurs décorations, et comme bien des gens prennent congé aujourd'hui aux États-Unis, histoire de digérer le souper d'hier, c'est donc une occasion en or de faire ses emplettes de Noël avant tout le monde. Et avec tout le monde, puisque tout le monde a la même idée et que les commerçants amplifient le phénomène en offrant des rabais alléchants.

Mais pourquoi au Canada? Après tout, nous n'avons rien fêté cette semaine, et, dans bien des magasins, on voit des pères Noël et des guirlandes depuis le lendemain de l'Halloween (jour de la Toussaint, mais bien peu s'en souviennent, même si Halloween veut justement dire Veille de la Toussaint). À un point tel que certains Canadiens voudraient qu'on attende au moins le 12 novembre, histoire de célébrer le jour du Souvenir autrement que dans une ambiance des Fêtes.

Pour ma part, j'attendrais bien le premier dimanche de l'avent — ou, si vous y tenez, pour faciliter la régulation du commerce, le 1er décembre. Mais ce vendredi n'a au Canada — et au Québec — absolument aucun sens.

La photo est l'œuvre de Gridprop et a été versée par l'auteur dans le domaine public.

jeudi 19 novembre 2015

Pas de vélo dans le parc

On peut apercevoir ce panneau à l'entrée du parc Marie-Gérin-Lajoie, parc situé derrière les pyramides du Sanctuaire, à la frontière des arrondissements Côte-des-Neiges—Notre-Dame-de-Grâce et Outremont. Bien que cela parte sans aucun doute d'un bon sentiment — protéger la quiétude des usagers du parc, que l'on devine assez riches — une telle invitation constitue  en fait une véritable insulte envers les cyclistes.

Tout d'abord, si l'on invite les cyclistes à emprunter des pistes cyclables, c'est que l'on considère que le vélo est avant tout un sport d'agrément, qu'on peut bien pratiquer où l'on veut. Mais si vous googlez le nom de ce parc, vous vous apercevrez qu'il constitue un maillon manquant entre l'avenue Lajoie, à Outremont, avenue que l'on invite justement les cyclistes à emprunter, et l'avenue de Soissons (via quelques mètres le long d'un autre parc, un terrain de jeu, plutôt), à Côte-des-Neiges, qui conduit notamment à l'hôpital Sainte-Justine. Si des cyclistes traversent le parc, c'est pour éviter des voies passantes comme l'avenue Van Horne et le chemin de la Côte-Sainte-Catherine, pas pour se balader dans un parc  en intimidant les passants.

Ensuite, si une cycliste voulait suivre l'invitation et se cherchait une piste cyclable parallèle au sentier qui traverse ce parc, où pourrait-elle aller? Un coup d'œil à une carte des pistes et voies cyclables de Montréal nous apprend rapidement que les plus proches sont les pistes du boulevard Gouin, au nord, et du boulevard de Maisonneuve, au centre-ville et accessoirement de l'autre côté du mont Royal. Dans les deux cas, il faut environ 30 minutes de vélo, souvent sur des routes dangereuses, pour s'y rendre (et autant pour en revenir). Le tout pour 200 m dans un parc. Ridicule.

Il y a bien entendu aussi la bande cyclable du boulevard Édouard-Montpetit, mais finalement, ce que la cycliste obéissante fera, c'est d'aller jouer dans le trafic, avenue Van Horne ou chemin de la Côte-Sainte-Catherine.

Ce qu'il faudrait, c'est plutôt de reconnaître que ce parc constitue un maillon essentiel des parcours cyclistes et piétonniers de ce coin de Montréal et d'essayer de mettre en place une forme de cohabitation, plutôt que d'interdire. Mais c'est tellement plus simple d'interdire.

Ah oui, j'oubliais. L'affiche du haut parle d'invitation, mais il s'agit plutôt d'une véritable interdiction. Pour preuve, cette autre affiche.



Les photos sont mon œuvre personnelle et sont publiées sous la licence CC BY-NC-SA 3.0.

mercredi 18 novembre 2015

Laïcité et neutralité

On dit souvent que si la France semble si souvent la cible d'attaques de la part de terroristes islamistes, c'est parce que sa laïcité républicaine fait obstacle à l'intégration harmonieuse d'immigrants et de descendants d'immigrants pour qui la religion est au centre de l'identité. On a repris cet argument lors du débat sur la Charte des valeurs proposée il y a deux ou trois ans par le gouvernement du Québec, en disant que cela ne ferait que creuser le fossé entre les Québécois musulmans et les Québécois d'origine plus ancienne, souvent de tradition catholique mais le plus souvent non-pratiquants, voire athées, et que cela nuirait au lien social. Pour les anti-chartes, seule la neutralité de l'État devrait être exigée, mais pas une vraie laïcité, qu'ils qualifient de laïcité fermée.
On apprend ces jours-ci qu'une proportion importante des militants qui ont attaqué Charlie Hebdo en janvier et divers lieux publics de Paris la semaine dernière venaient non pas de France ou de Syrie, mais bien de... Belgique. Or, quelle est la situation religieuse de la Belgique? Contrairement à la France, la Belgique et un pays de tradition catholique, où le roi doit être de cette religion et où le cardinal vient au deuxième rang dans l'orde de préséance. Actuellement, l'État belge se qualifie plutôt de neutre, il reconnaît et subventionne un grand nombre de religions, dont l'islam, on voit un partout des hijab, notamment à Molenbeek, ville qui a fourni nombre de terroristes et de combattants pour Daech, et les fonctionnaires (sauf les soldats, les juges, les policiers et les pompiers) peuvent porter des éléments vestimentaires d'ordre religieux dans l'exercice de leurs fonctions. Tout à fait comme le proposait la commission Bouchard-Taylor et comme le désirent tant de zélateurs de la laïcité ouverte.
Et qu'est-ce que ça donne? La plus grande concentration de djihadistes en Europe, semble-t-il.

mardi 17 novembre 2015

Tomber dans le panneau

Aujourd'hui, je vais vous présenter deux panneaux de signalisation qui, dans mon quartier, auraient bien besoin d'être soit retirés soit déplacés, parce que, comme ils sont là, ils induisent les passants en erreur, ce qui peut se révéler dangereux.

Ce premier panneau se trouve au coin du l'avenue Linton et du chemin de la Côte-des-Neiges. Il a une histoire longue et mouvementée. Il a d'abord été installé à l'automne 2013, à moins que ce ne soit 2012, et annonçait en effet des travaux pour l'hiver suivant. Travaux qui ont eu lieu. Ensuite, comme bien des panneaux et des cônes orange, il a simplement été oublié, couché sur le bord de la route.

Jusqu'à l'automne 2014.

À ce moment, un ouvrier l'aura sans doute remarqué, et l'a installé de nouveau, bien calé sous des plaques lestantes. Fièrement dressé à la vue des passants et des automobilistes, il aura passé l'hiver 2015 sans encombre — un hiver au cours duquel aucun travail de voirie ne s'est tenu — et tiendra sans doute l'hiver prochain, à moins que quelqu'un ne s'avise qu'il ne sert plus à rien, sinon à faire peur.



Le deuxième panneau est plus dangereux. On le remarque devant la bouche du métro Côte-des-Neiges située au coin du chemin éponyme et de l'avenue Lacombe. C'est en effet là qu'il doit être, mais à la suite de travaux (pas ceux annoncés plus haut), il a été mal replacé. Il doit en effet annoncer aux automobilistes et camionneurs venant du sud et désirant tourner à droite sur l'avenue Lacombe la présence d'une bande cyclable sur cette voie publique. Là, il fait plutôt face à l'ouest et annonce on ne sait trop quoi aux automobilistes non-myopes qui arrivent sur l'avenue Lacombe.









Les deux photos sont mon œuvre et sont publiées sur la licence CC BY-NC-SA 3.0

dimanche 15 novembre 2015

Je suis votre valet

Affiche vue devant l'entrée
de l'Hôpital général juif de Montréal
Quand on lit du Molière, on retrouve parfois l'expression  «Je suis votre valet». Aujourd'hui, dans le Québec franglophone d'aujourd'hui, on remarque des commerces et autres établissements offrant aux passants — en fait, uniquement aux automobilistes — les services d'un valet. S'agit-il de quelqu'un qui va tenir debout à ma porte? Qui va repasser ma chemise? Qui va nettoyer mon écurie  —tiens, j'ai une écurie, moi?

En fait, comme souvent, il s'agit d'un anglicisme, d'autant plus vicieux, puisque difficile à détecter, qu'il s'agit au départ un mot français. La personne qui va stationner à votre place votre automobile n'est en aucun cas un valet, mais un voiturier. Ce n'est quand même pas si difficile comme mot, non?



La photo est mon œuvre personnelle et est publiée sous la licence CC BY-NC-SA 3.0.